Depuis toujours, mon fils a la bougeotte, il grimpe partout et il est super dynamique. Ma mère aurait dit qu'il a des vers dans l'arrière-train (pour ne pas dire dans le cul!) Il parle sans cesse et toujours trop, une question n'attend pas l'autre et il m'étourdit plus souvent qu'autrement. Il n'écoute même pas, il ne porte pas attention quand je parle et il semble se foutre de tout. Pourtant il n'en est rien, c'est mon p'tit trésor sensible et une boule d'émotion qui peut péter à tout moment. Comme à chaque soir, quand arrive l'heure du dodo, il fait la boussole qui cherche le nord sur un champ magnétique. J'ai toujours hâte à l'heure du couché, hâte de pouvoir relaxer, me reposer un tant soit peu à mon tour tout en le regardant dormir.
À la garderie, il déménageait mais ça allait. C'est un grand charmeur alors il se faisait pardonner rapidement. Quand vint la grande institution, ce fut une autre paire de manches. La professeure de maternelle était tolérante et me disait combien mon fils est attachant et responsable. Toujours du positif et une petite note à l'intention de mon coco afin qu'il attende gentiment son tour pour parler dans le groupe. Naturellement coquin et provocateur, quand on le bouscule ou le taquine un peu trop, la mèche courte il explose tel un volcan. Déjà la directrice m'appelait à la maison pour bagarre avec un ami... et c'était le début de mon cauchemar.
Fermé, têtu, obstiné lors de la période des devoirs, le primaire s'avère être long et pénible. Ses lettres n'étaient pas tout à fait formées, il écrivait trop vite, il manquait des lettres à ses mots, des mots à ses phrases et il ne voyait pas ce qui n'allait pas. Je lui rappelais d'écrire plus lentement, se relire, réviser pour éviter les nombreuses fautes d'inattention. Je suis passée reine dans les trucs et solutions car moi-même j'en ai utilisé plus qu'un pour réussir. Mais comme à chaque soir j'étais comme une bombe à retardement, je m'impatientais, je criais, on s’engueulait dans la maison et il a même reçu une gifle. J'ai pleuré, je m'en voulais... Le soir suivant, je ne voulais plus être avec lui. J'angoissais... les soirs qui ont suivi, étaient tout aussi horribles. Je craignais chaque soir de me retrouver avec lui. J'ai alors négocié avec mon chum un soir sur deux afin d'avoir du répit, pour moi et pour mon fils. Étonnamment, il ne se comportait pas tout à fait de la même façon avec son père. Tout n'est pas relié qu'à l'école, c'est tout le quotidien qui en souffre, nos relations parents-enfants/frère-frère...
Première, deuxième, troisième année et rien ne va plus! Rien à voir avec son frère. Je les aime tous les deux égal. Il ne faut pas comparer, je sais. Mais n'empêche qu'avec l'autre c'est tellement plus facile! Il est ordonné et il s'organise seul depuis longtemps, il a une écriture soignée, ses cahiers sont propres et ses notes exemplaires. Même mon conjoint qui habituellement est très tolérant et patient n'en peut plus. Il me dit un soir de catastrophe qu'il faut faire quelque chose, que ça ne peut plus durer comme ça. J'étais tout à fait d'accord mais que faire? Qui aller voir? Mon fils réussit bien, il est encore en haut de la moyenne, il est très intelligent mais il n'arrive pas à visualiser quand par exemple je lui demande verbalement 3x8. Il se lève quinze mille fois pendant le souper, les leçons et les devoirs, et ça nous épuise... vraiment beaucoup. Il échappe tout, ne porte attention à rien mais à tout en même temps, une vraie girouette qu'on se sait trop comment saisir.
Au premier bulletin, j'ai discuté avec la professeure et elle m'a dit que mon garçon travaille debout en classe. Ça ne va pas. Elle l'aime beaucoup, elle est très compréhensive et elle tolère mais est-ce que le prochain prof va accepter qu'un élève travaille debout pendant la leçon où tout le monde est assis calmement en classe? Laissez-moi en douter! On dirait qu'il n'y a pas de place pour mon fils. Triste et en colère, je rencontre la maîtresse et elle me dit qu'elle a passé un test pour sa fille et me suggère, si nous sommes ouverts, de faire passer un test d'attention à mon coco. Arrivée à la maison, j'en discute avec mon chum et nous avons parlé avec notre trésor mais il était entièrement fermé à l'idée. Un soir de février, alors que mon fils se leva
de sa chaise pour aller chercher un cahier de classe dans son sac d’école, se retrouva devant le buffet, complètement perdu. Il me dit alors : «j’ai
vraiment un problème d’attention maman». C’est seulement à ce moment là qu’il fût
réceptif à une discussion et que nous avons commencé les démarches pour
rencontrer une neuro-psychologue.
***
En mars dernier, alors que sa troisième année était bien avancée, mon garçon a été diagnostiqué
pour le TDAH. C'est un enfant très intelligent à la limite du doué avec déficit d'attention qu'il avait compensé jusqu'à présent, hyperactif et impulsif avec trouble d'opposition. Depuis la
maternelle nous le savions très agité, il collectionnait les paliers
du système de gradation de l'école: n'attendait pas son tour, parlait
par-dessus les autres, provoquait, se battait avec les
amis, travaillait debout en classe avec des coquilles pour qu'il
demeure concentré. Parfois les professeurs
étaient compréhensifs parfois non et de longues minutes de
discussions avec mon fils s'ensuivaient. Les années s'additionnaient et les
problèmes d'attitudes et de comportements déboulaient. C'était la guerre pour
les travaux scolaires et je ne voulais même plus être à la maison pour m'en
occuper et me chamailler avec lui. J’étais la maman méchante qui perdait
patience et qui criait toujours pour parler. La fuite était l’alternative à mon
mal. Et vu que les pommes ne tombent pas très loin de l'arbre je me retrouvais
en lui, ce qui suffisait à me rendre encore plus malheureuse.
Il y a plusieurs ressources et organismes de
disponibles pour nous aider à trouver des solutions. Alors nous nous sommes donné
la main et nous avons tous travaillé dans le même sens pour aider mon p’tit chéri à se structurer, nous avons travaillé pour l'aider en trouvant des méthodes
d'organisation à la maison et à l'école, en établissant une routine parce que
le changement le déstabilise, en comprenant son manque d'attention, nous avons fait preuve de patience, de tolérance, de respect entre nous et nous avons
tenu le coup. Mais même avec toute cette énergie déployée pour garder le cap
sans s’épuiser, nous avons quand même fini par céder. Nous avons des trucs certes mais parfois, il faut plus. Nous avons rencontré son
pédiatre et nous avons opté pour la médication. Rien se fait du jour au lendemain, c'est par étape, avec un bon suivi et beaucoup de compréhension et d'amour. C’est le jour et la nuit. Ma
peur était de perdre mon petit garçon dynamique et enjoué. Il n’en est rien,
qui plus est, j’ai maintenant un enfant qui est là, entier, attentif et heureux. Il m'a même dit: «maman tu es beaucoup plus calme, tu ne cries plus.» Je l'ai pris comme un compliment ;)
Après discussion avec mon conjoint,
j'ai entrepris la même démarche parce que je suis malheureuse. J'ai été voir mon médecin, ensuite
un spécialiste et le diagnostique est tombé. Tout comme pour mon fils... je savais
mais je niais. Toutefois, à voir mon fils et ses améliorations, je comprenais enfin ce qui se passait avec moi. Contrairement à chacun, ma machine est déréglée... Impulsivité, manque de contrôle, boule d'émotion et explosion, stress, anxiété, manque
de concentration, procrastination, désorganisation, trucs et solutions qui fonctionnent à court terme, baisse d'estime de soi et dévalorisation, échecs à répétition, n'ose plus avancer, se sécurise, incapable et bon à rien, dépression... un bordel quoi, ma vie
est un vrai bor-del!
Tout comme les cercles concentriques quand le caillou touche l'eau, tout devient exponentiel...
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Source: Inconnue |